mardi 29 mars 2016

Calico Galaxy & Ranikade3 - Les Frères Nylon (Tributlations)


#Tributlations

Connaissez vous les jumeaux Rufolo? Il y a Nick aka Calico Galaxy et Michael aka Ranikade3. Ce sont les deux héros de ce premier volet de la saga des #Tributlations (néologisme franco-angliciste formé de tribute et tribulations, pour la promesse d'une immersion totale et plus ou moins débridée dans l'univers d'un artiste) consacré à ceux que l'on nomme à l'occasion les Frères Nylon, en anglais dans le texte, véritables Aventuriers du Groove Perdu! Une fois n'est pas coutume on vous met le mix en introduction pour que vos oreilles accompagnent vos yeux dans la découverte des deux frangins ; on se retrouve un peu plus bas pour la playlist.



Ma légende dirait que les des deux frangins sont nés dans un studio et n'en sont jamais sortis (si ce n'est pour diffuser la bonne musique en concert) dans l'unique but d'accomplir leur destin, leur sacerdoce, faire vire le groove perdu, celui qui hante les galettes noires de leur paternel ou les posters des murs du dit studio, des influences certaines sur lesquelles on reviendra plus bas. Originaires de New York, Nick et Michael semblent, au regard de leurs publications sur Facebook et du rythme de leurs sorties digitales sur Soundcloud ou Bandcamp (beaucoup plus soutenu, et c'est tant mieux, que celui des sorties physiques on y reviendra), passer leur vie dans cette pièce aux murs vert pomme (normal pour des newyorkais) ornés de quelques posters plus ou moins faits maisons, superbement rangée et remplies d'instruments et de machines plus ou moins étranges (avis aux collectionneurs...) qui leur servent à créer ces sons lancinants et enivrants qui feraient succomber n'importe quel audiophobe tant ils parviennent à fusionner les genres en brisant les barrières et les frontières et à créer des pièces qui sont autant de romans sonores capables de faire passer l'auditeur de la transe groovalistique à la panique claustrophobique en deux riffs. Un seul mot d'ordre: jouer! Un peu comme un cinéaste qui n'arrêterait jamais de tourner ses scènes préférées ou un romancier qui n'en finirait plus d'ajouter des chapitres essentiels à son œuvre. Une quête permanente, obsédante, du Graal groove qui ne s'accomplira que par la somme des gestes parfaits des artisans du sons que sont les frangins Rufolo et leurs amis, véritables chevaliers de la table de mixage et gardiens de la traditions des musiciens de studios, souvent regrettée sur ces pages. Pour preuve cette version funk-rock-dub hallucinée du classique de Piotr Ilitch Tchaïkovski dans laquelle la fée dragée se transforme en bâton de réglisse vêtu de paillettes acidulées et se lance dans un ballet psychédélique façon shaolin, devenant capable par la seule force des bonnes vibrations de fendre n'importe quelle coque de noisette! (pas dans le mix mais dispo ici en free download évidemment: https://calicogalaxy.bandcamp.com/track/dance-of-the-sugar-plum-fairy)



Multi-instrumentistes Nick et Michael se partagent les tâches. Ranikade3 s'occupe des percussions (batteries, bongo, tambourins et tout ce qui fait du bruit quand on tape dessus) et pousse aussi la chansonnette à l'occasion, version onomatopées en mode scat ou rap à la Buck65, pendant que Calico Galaxy se charge de toutes les cordes et du vent (basse, guitares, synthés, mélodica, sitar, etc...). Et quand ils ne peuvent pas jouer d'un instrument ils appellent à la rescousse un autre chevalier du groove et leur carnet d'adresses est loin d'être faiblard en la matière...Et puis plus on est de fous plus on groove non? On retrouve donc souvent à leurs côtés des musicos venus des quatre coins de la planète dans un projet à géométrie variable appelé Brothers Nylon. Parmi les têtes d'affiches on compte, excusez du peu, le gourou du groove du XXIè siècle, Monsieur Shawn Lee, basé à Londres mais dont la renommée dépasse les frontières galactiques (c'est celui qui porte une tête de tigre dans les vidéos du groupe) grâce à sa maîtrise d'instruments plus étranges les uns que les autres (quelques exemples: glockenspiel, quijada, marimba, cabasa et autre corne de bœuf magique...). Il y a aussi le non moins célèbre BGS aka Ben Greenslade Stanton leader du groupe The Mighty Macambos mais également présent dans les tout aussi funko-exotiques The Bacao Rhythm & Steel Band, The Beta Club (à écouter plus bas) ou The Spike Orchestra entre autres. Si BGS est lui aussi multi-instrumentiste il s'affaire essentiellement au trombone chez les Frères Nylon. Citons aussi Matt Boose à la trompette, Moot Booxle aux claviers voire Georgia Ann Muldrow (compagne à la ville de Dudley Perkins) pour une touche de soul féminine bienvenue dans un univers qui sent d'habitude la testostérone. Mais la liste n'est ni exhaustive ni fermée...


Avec la compilation qu'on vous propose plus haut notre objectif était de tenter de dresser un panel des influences du groupe et de vous montrer l'étendue du talent des deux frères. Du rock jazz expérimental de Franck Zappa à l'hommage deep dark funk aux Beastie Boys en passant par une cover complètement perchée et en allemand d'un titre kraut ou par une excursion reggae en terres caribéennes, Calico Galaxy et Ranikade3 n'ont aucune limite quand il s'agit de jouer de la musique. Les 35 titres sélectionnés (on a un peu taillé dans les morceaux pour que le tout tienne en moins de 80 minutes et parce que si on les laissaient faire les Rufolo nous remplirait le cd-r avec 4 ou 5 titres seulement!) nous embarquent dans une odyssée du groove sur tous les tons et tous les modes, façon lo-fi pour les moments de douceurs, library music pour les expériences audacieuses, métalleux pour les coups de griffes sur les cordes, grandiose pour les arrangements qui montent de la cave vers le septième ciel comme savait si bien le faire David Axelrod, ambiances cinématiques empruntées aux plus grands (Morricone, MacDermot, etc...) mais toujours avec une forte personnalité, street credibility pour les moments rap (dédicace à Philthy Phil, autre compagnon de route de la Nylon's family) qui ne sont pas sans rappeler l'énergie grunge-punk des Red Hot Chili Peppers avec une pincée d'Anticon. La quête du groove n'est certainement pas un long fleuve tranquille!

Pour une fois, on ne mettra pas les liens sur les titres de la compilations (la plupart est disponible sur le Bandcamp de Ranikade3) mais on vous invitera à divaguer dans la pléthorique discographie des jumeaux (on a de quoi faire 2 ou 3 autres mix!!!) en vous encourageant également à acheter leurs disques, notamment le single You Got A Tiger publié chez Mocambo, le Freak Beat de Beta Club chez Paris Djs et qu'ils remixent façon cinematic, la cassette (également en free dl digital) Jamuary sortie il y a 3 mois sur Resistant Mindz, un label dont on vous reparlera très vite. Pour satisfaire votre besoin de free download et pour vous guider amicalement dans l'univers des Rufulo Brothers je vous conseille quand même en priorité les albums suivants: Hot Bagels, Beans For Buzz et Dubcember

Enjoy & support the artists!


Playlist:
001. Eff / 002. Storytellin' / 003. The Kids Are Not Alright / 004. Legend of Zelda-Saria's Song / 005. 28 Weeks Later / 006. First Verb  feat. Philthy Phil / 007. Squidward Tentacles / 008. Bouncy Burgundy. / 009. Crooked Jacket / 010. Bully / 011. Snatch Theme (Diamond) / 012. Music Power Bounce / 013. Addictive Interlude / 014. Echoes of Clutchy / 015. You Got A Tiger / 016. Beard sweat / 017. The Man From Nowhere / 018. Must We Rock / 019. Welt im Dunkel / 020. Cosmic SuperVillian Oh Yeah / 021. Buddah This Bread For Me... Will ya / 022. Django /  023. Atmosphere / 024. Baba Yaga / 025. Beef Bus Theme Song / 026. T Buck Entrails / 027. Mentally Sitarded / 028. Dirty Herold / 029. Luv The Silence-Contusion / 030. Hilo / 031. Love Beat / 032. Good vibes-Perish The Thought / 033. Rider / 034. Carnival Date / 035. Aquarius

Version téléchargeable du mix:
https://hearthis.at/tk9qzvc7/calico-galaxy-ranikade3-are-les-frres-nylon-tributlations/

Liens:
Bandcamp / Soundcloud / Youtube / Facebook

dimanche 20 mars 2016

Dj Ombre & Coupe Chimiste - Cassette de Mixage vol.1


#MixUp - #LaFranceAuxChansons

Une fois n'est pas coutume on vous propose de partir à la découverte d'un mix qui nous replonge avec nostalgie, un poil de dérision et une bonne dose d'hommage dans l'univers mythique des Product Placement et Brainfreeze qui sont à l'histoire du creusage (cette activité musicale chronophage qui consiste à chercher dans les endroits les plus improbables la perle rare qui fera transpirer le diamant d'une platine...et dont on reparlera très vite à propos de la nouvelle série d'Arte Creative, "Dig it!") ce que le saxo de Charlie Parker est au bebop, la guitare d'Hendrix au rock ou les platines de Grandmaster Flash au hip-hop: des morceaux d'histoire.

17 et 15 ans déjà!

Nostalgie donc. Sortis en 1999 et 2001, ces deux sessions mixées par Dj Shadow et Cut Chemist révélait à la face d'un monde, bientôt hystérique à l'idée de ce procurer les originaux de ces bootlegs qui allaient eux-même finir par être bootlegués (selon Josh Davis, il y aurait 1000 Brainfreeze et 6000 Product Placement originaux sur les, au minimum, 200 000 copies en circulation), les trésors cachés, exclusivement en 45 tours s'il vous plaît, de ces deux diggers fous, passionnés de funk qui craque, de soul poussiéreuse ou de hip hop préhistorique mais surtout avides d'improbables pièces de rock psychédélique qui faisait office de spots publicitaires ou pas..."Slurp!". A cela s'ajoute une touche technique de haute volée tant dans les enchainements délirants, les scratchs infernaux que dans la folle accumulation de titres en moins d'une heure: 81 crédits pour Brainfreeze, 66 pour Product Placement! Sans omettre l'incroyable complicité des deux garçons qui semblent fusionner comme les glaçons dans la crème vanille-fraise d'un milk-shake..."Slurp!"². On peut affirmer sans frémir que les auteurs de cette Cassette de Mixage vol.1 ont, comme nous et tant d'autres, été profondément marqués par ces deux mixes et qu'ils s'inscriventt clairement dans cet héritage...
Nostalgie encore car au regard de la liste de jeu du duo marseillais on ne peut s'empêcher de penser à ce que pourrait être cette radio aux cheveux blancs et au logo bleu et jaune, si ses programmateurs et auditeurs avaient plus de goûts et de curiosité. Claude François, Eric Charden, Herbert Léonard, Antoine, Danyel Gérard voire Vladimir Cosma se retrouvent en effet sur cette cassette mais avec des titres que l'auditeur lambda, qui se contente des tubes best-of, ne connaît sans doute pas. Et c'est bien dommage pour lui! Ce même auditeur qui, s'il astiquait sa curiosité ou savait lire ce qu'il y a d'écrit en tout petit dans les crédits des compil' à 10 balles qu'il achète à Carrefour ou Auchan, saurait d'ors et déjà que Bernard Estardy, pour ne citer que lui, se cache derrière de nombreux de tubes qu'il affectionne. Ah la belle époque que celle des années 60-70 (allez on poussera jusqu'au début des années 80 pour rester ché-bran) où en France les studios tournaient à plein régime et étaient aux mains de garçons comme Alain Goraguer, Georges Garvarentz, Pierre Dutour, Janko Nilovic, Jean-Claude Vannier ou Roland Vincent... Des hommes qui connaissaient la musique, savaient en jouer et, mieux, le faisaient à merveille pour les autres (même si les autres ne créditaient pas forcément leur talent...). Une époque dorée qui connaît un regain d'intérêt depuis déjà quelques années (la collection Wizz de Born Bad Records est incontournable) et sert de terrain de jeu à Dj Ombre et Coupe Chimiste qui sans chauvinisme mais avec un esthétisme francophonophile jusqu’au-boutiste nous délivre des franchouillardises gourmandes ou de franchouillardes gourmandises, on vous laisse décider:



Dérision et humour enfin. Même les moins perspicaces auront compris que les deux Marseillais (selon Facebook) ou Toulousains (selon Soundcloud) manient la langue de Shakespeare à un niveau qui ferait pâlir Google Trad et Reverso. Tout est traduit à la française de leurs activités à leurs noms...vous l'avez? Un côté désuet et drôle qui rend le concept encore plus sympathique. Et que dire, sur leur mur FB de cette récente célébration de la Saint Patrick Juvet! Du bon boulot sans prise de tête pour faire bouger les popotins des garçons et filles "B" sur les sols de danse du monde entier! Seul petit regret, Alain Delombre et Coupe Chimiste n'ont pas poussé l'hommage jusqu'au graphisme de la pochette, on aurait bien aimé pouvoir ne pas reconnaître leurs trognes à travers l'ouverture généreuse des 45 tours d'antan! La prochaine fois peut-être car c'est certain il s'agit ici d'un coup d'essai qui en appelle d'autres et de la première d'une série qui pourrait devenir pour l'âge d'or de la chanson française ce que sa moustache est à Brassens, sa gitane à Gainsbourg ou sa chèvre à Julien Clerc: un objet indispensable!

Pop Hop! comme ils disent...


mardi 15 mars 2016

Les chroniques d'Alex: Steve Seasick - Banjo Song Remix by Mister-Frenchwax


Une nouvelle chronique d'Alex qui sent bon le tabac froid et l'alcool à peine cuvé, pour célébrer cette sortie toute fraîche du label Radio Krimi-Records. Première chronique ou pas, on s'en fout après tout, l'important c'est de partager les bonnes choses!

Sur le Label Radio Krimi, MISTER-FRENCHWAX se la joue Luky Luke et dégaine ici un remix punchy du génie SEASICK STEVE. Mais si, vous savez qui est SEASICK STEVE, ce fameux bluesman soixantenaire inconnu du grand public il y a 5 ans et qui avec sa guitare bricolée à une corde écume en solo les festivals du globe depuis sa légitime reconnaissance.

SEASICK STEVE pour les retardataires est un artiste américain merveilleux, barbu comme un Yéti, qui met en charts les sonorités brutes du bayou avec son banjo, c'est un homme espiègle à la casquette pleine de camboui posée sur une tête rieuse et burinée recouverte de cheveux blancs longs et parsemés, comme une sorte de père Noël Rock'n roll trashy fracassant ses cordes comme un beau diable, faisant groover la vie, et tapant comme un possédé en rythme sur sa caisse à savon de sa guibolle droite enfournée dans une bottine pleine de terre fraîche. Le mélomane franchouillard Thierry Rolland disait du monsieur : « Si vous n'avez jamais vu Seasick Steve en action, chers auditeurs, jamais vous ne pourrez mourir tranquilles! »


Dans ce remix efficace et intitulé Banjo Song remix, MISTER-FRENCHWAX vous permet justement d'accéder à une partie du panel bluesy du géant baraqué, en malaxant la mélasse du bayou proposé par l'animal et en revisitant à sa sauce le titre éponyme.
Le remixeur du label Radio Krimi, propose ici une version ovni coutry bluesy electro et breakée AOC du maître, mais toujours à la cool. Les riffs de banjo glissent sur un breaks de batterie electro entêtant, la voix est éraillée à souhait, la route 66 vous ouvre les bras, vous jouez au cowboy dans les allées boueuse du Bayou, vous appuyez sur le champignon, vous glissez sur le sable chaud du Farwest, vous vous replongez en une seconde dans la série True Detectives, vous êtes bien, tellement bien. A l'écoute, on a de suite la formidable impression que Beck pogote lascivement avec Bonobo, que Mr Scruff compose un brin de paille dans la bouche aux côtés d'un John Spencer avec une Budweiser en main.



Le remix de MISTER-FRENCHWAX est classe, il tape dans le mille, il est doux, crade, harmonique, efficace, grinçant, à l'arrache, bluesy, il cogne en douceur, fracasse avec grâce, et permet au génie de SEASICK STEVE d'y transpirer encore plus.
Jetez-vous sur ce Banjo Song remix, dévalisez la discothèque intégrale du Père Noël bluesy, vous ne serez pas déçu, parole d'homme, et vous pourrez enfin mourir tranquille.

Le Bayou et Radio Krimi vous embrassent, SEASICK STEVE vous prend aux tripes, le remixeur MISTER-FRENCHWAX fait l'intermédiaire dans vos oreilles avec brillo. Congrats!

A bluesy entendeur, salut.
Je ne vous embrasse pas, pas le temps, je me remets à la gratte!

Alex.

mercredi 9 mars 2016

Les chroniques d'Alex: RVB aka Racailles de Basse-Ville - La Pastorale


Retour des chroniques d'Alex avec un groupe qu'on a mis moins de 30 secondes à adorer et qui devrait figurer en bonne place dans le RapOrama que l'on va prochainement consacrer aux cousins Québécois...On me dit par ailleurs que cela devrait sortir en support physique très vite!

Tabarnak, me dis-je quand j'appuie la première fois sur le play! Ah oui là, j'arrive direct sur la terre de feu René Angélil et de sa Las Vegas de femme! Dépaysement total! Nantes/Québec sans escale en 5 secondes sur le prestataires de voyage RBV airline !

RBV est un groupe Montréalais qui renvoie Darwin à ses singes, à ses singeries génétiques. Le groupe hip hop francofunk québécois comme il s'estampille sur leur Bandcamp (https://racaillesdebasseville.bandcamp.com/releases) déploie une poésie décalée et ciselée sur les mœurs d'aujourd'hui en empruntant aussi bien aux sons d'autan qu'aux breaks d'aujourd'hui, en gardant toujours en bandoulière une folie identitaire communautaire, un drôlatique mantra tribal : « un esprit sain dans un corps singe ».

Tabarnak, RBV balance ses mots stridents de branche en branche, et en est à son deuxième coup de grâce. En effet, sorti en janvier 2015, leur premier EP s'appelait justement La Poésie Des Singes:



Le deuxième petit singe musical vient de sortir et a été baptisé La Pastorale par les 6 pères du crew : Chaperdu, BizarreMoinsQuart, Vilblai, Clean jean, Greg bell, Bad Boutch.



RBV fait du hip-hop montréalais, du rap décalé à califourchon sur un animal hybride, mi caribou, mi singe, mi cheval, mais toujours entre la France et le Québec, et toujours avec les sacoches remplies de poésie et d'instrus qui claquent sur les Grands Lacs. Les camarades tapent dans tous les styles pour confectionner des instrus groovy, funky, world, oldschool. Des inserts révolutionnaires enchaînent sur des drums électroniques bien distillés, des rythmes west coast se posent à la cool sur des pédales wha wha, des reverbs folles dans les herbes hautes donnent du corps à des textes césurés au poil de nez.


Comme dans une grande boîte de maître chocolatier de Noël on ne sait jamais sur quoi on va tomber, et pourtant à chaque fois on est heureux et surpris par l'enrobage et l'intérieur fondant des chansons. Des tracks qui parlent du système, de la vie, de l'amitié, de l'amour, de la condition humaine au sens large, et toujours avec des jeux de mots bien sentis au goût de miel tranquille. Tabarnak et respect !


Les paroles sont précises, le fond est d'actualité, la forme est originale, l'humour omniprésent et les instrus harmoniques créent un album imparable de bout en bout, un ovni rigoureux et léché. Pour nous les frenchies, l'accent Montréalais devient ici chantant, rappant, enivrant. On a envie partir avec eux se rouler dans la neige Nord américaine tout en se promenant bucolique dans les petites rues du vieux Paris. Pourquoi? Car RBV se paie le luxe de reprendre le grand Georges dans une interlude singulière, pas le président, le poète à la moustache, ça va de soi!


En résumé, faites le voyage avec moi grâce à RBV vers les contrées Montréalaises! Je vous promets que Céline ne sera pas là. Avec RBV, je vous assure dépaysement, folie ordinaire, accent chantant, qualité musicale et littéraire, joie et convivialité grâce à ce crew fort sympathique à l'écoute.


 Je vous embrasse à la volée avec un pot de sirop d'érable et j'appuie de nouveau sur écouter en souriant!
A bon entendeur,
Tabarnak!
Alex.

Liens:
RBV aka Racailles de Basse-Ville: bandcamp / soundcloud / facebook / youtube

samedi 5 mars 2016

Cotchei & The NCY Milky Band - 6 Pieds Sous Terre (Video Premiere)


Les revoilà! The NCY Milky Band, qu'on pourrait présenter comme le Jazz-All-Stars du label nancéien Black Milk Music, chroniqués pour leur premier projet, Holidays, en 2014 chez les copains de Radiochantier, est de retour et ça nous émoustille les esgourdes! Cette fois ils ne sont pas seuls mais accompagnent le brillant Cotchei (membre des Gars du Coin et du Saloon, deux collectifs lorrains, et animateur du show radiophonique "Les Hommes de L'Onde" sur Radio Graffiti) qui apporte ici son flow aussi technique que mélodique au quatuor instrumental qui devient le temps d'un EP trois titres un formidable quintet vocal. Pour tout dire on avait déjà adoré passé Une Nuit A La Santé avec ce jazz club des cinq et c'est avec une joie non dissimulée qu'on s'est jeté sur leur nouveau projet commun intitulé Ascenseur sorti le 19 février dernier, déjà playsité dans le #onceamonth de février avec le titre Les Pieds Sur Terre.



Ce nouveau projet se conçoit comme une trilogie, il convient donc de commencer par le commencement ; n'est pas Georges Lucas qui veut, mais la force c'est certain est avec eux. L'Ascenseur c'est l'histoire en trois actes d'un "gribouilleur en quête de sens" racontée par Cotchei, mise en musique par le NCY Milky Band (David Sireyjol, Hung Ton, Le Serveur et Adrien Lega) et en images par Marie Léon. Un concept-album, comme on disait jadis, où chaque acteur apporte sa pierre au récit des aventures de ce drôle de personnage émotionnel sans allure ni ceinture, sans sexe ni chaussure mais qui peut, dans son costume une pièce, rire ou pleurer d'un simple roulement de tête... La Tête Dans Les Nuages, c'est lors une fin de week-end heureusement routinier que débute le conte de la bande de l'Est qui nous entraîne au train de la note bleue dans un univers naïvement coloré, entre onirisme et réalité et où quand Cotchei tousse ses rêves il se sent pousser des ailes dans le zef de l'Est!

 
Alors que le dessin de Mlle Léon se passe dans un monde toujours aussi immaculé mais qui a perdu ses touches de couleur, et pendant que la session du NCY Milky Band s'encanaille avec gravité et que ses musiciens font battre les chœurs, Cotchei, lui, toujours aussi habile dans les variations phoniques et volubile dans la richesse du lexique, gravitant quelque part entre réalisme fantastique et romanesque homérique, use de mots qui se font plus sombres, qui saccadent sévère ; sa respiration est plus rapide, on craint l'étouffement ou la crise cardiaque, car la "récré est finie" et les affaires de notre personnage se compliquent un poil avec un retour brutal à la réalité du monde: Les Pieds Sur Terre! hurle le MC de Nancy. Trop de choses à faire mais jamais assez de temps, la course contre l'horloge biologique semble perdu d'avance, emmêlé dans la folle danse de petites et grandes aiguilles digitales qui auraient perdu tous leurs sens. Les démons de l'insomnie guettent notre héros qui semble perdre son âme dans une fusion schizophrénique du burn-out et de l'hyperactivité... il a les pieds sur terre, mais pas pour longtemps. "L'homme est un loup pour lui-même" et c'est ici qu'on notera la présence d'El Lobo parmi les voix secondaires qui accompagnent la descente d'Enfer, devenant progressivement irrémédiable, de notre naïf angoissé, jusqu'à la signature volontairement contrainte d'un pacte à la Faust avec l'homme que l'on nomme Belzébuth, le récupérateur d'âmes dans le vague.


Place maintenant ("enfin" diront les détesteurs de prose sans fin) à l'acte final, celui qui nous intéresse le plus ici car généreusement offert par l'équipe de Black Milk Music (merci Jo') en exclusivité pour vous chers lecteurs et suiveurs de Free&Legal, pendant quelques heures, avant la diffusion en mondovision de l'ultime épisode animé de cet Ascenseur vertigineux qui passe en à peine un quart d'heure des cieux de l'Olympe aux profondeurs du Styx. A la manière de Dante, Cotchei nous embarque dans une visite infernale, mais pas banale, du monde souterrain, forcément sombre mais pas si effrayant que les Écritures peuvent le laisser penser. Et si observer notre planète par le cratère d'un volcan à peine éteint offrait de nouvelles perspectives sociétales, et si on nous avait menti sur ce qu'était l'Enfer, et si ce n'était pas les autres qu'il fallait renvoyer chez eux mais soi-même, pour une introspection salvatrice et vivifiante? Si on pouvait à la fois être ange et démon, si on pouvait finalement n'être que des individus "lié au bien et au mal comme le yin et le yang"? Moins glauque mais tout aussi esthétiquement réussi qu'un épisode de Six Feet Under, cette balade dans les ténèbres ou tentative d'exorcisme contre l'égotrip-centrisme, à coup de chorégraphie shaolinesque en costume de lapin blanc géant, nous révèle la véritable mission de Cotchei et ses amis: rendre ses lettres de noblesse à la poésie urbaine qu'est le rap, en jouant avec les mots autrement qu'en insultant ses pairs, la justice ou sa mère. Tel un Don Quichotte de Lorraine, Cotchei trouve les mots justes, en piochant dans son environnement direct en famille, devant la pub ou sur le trône ("Dès que quelqu'un me semble dire quelque chose qui peut être transformé en jolie rime, je me dis pourquoi pas. Tous ces trucs bizarres qui traversent mon esprit, j'aime les convertir en musique. En rime, ça parait plus censé." nous dit-il), pour tenter de rappeler au monde que le rap n'est pas qu'un "je" ou un "jeu" mais qu'il "a la portée pour apporter d'une voix portante des trucs apaisant (l)a haine".

Le monde des Merveilles a fée Clochette
Le monde émerveille capt’n Cotchei



Née d'une rencontre un peu fortuite (Louis Treffel, pour vous Serveur, a vu Cotchei monter sur scène à l'appel d'un artiste dont il a oublié le nom "c'était fat" et il lui a proposé de poser sur le premier projet du NCY Milky Band) et de connaissances en commun, la fantasmagorique collaboration des funky jazzmen et de la plume virevoltante place Nancy sur la carte des projets excitants à suivre de très près. En écoutant cet Ascenseur émotionnel on pense évidemment à nos chouchous BadBadNotGood mais aussi à un Saul Williams unplugged, aux Jazzmatazz de Guru, à un jeune Rocé ou à tout autre projet de qualité cherchant à faire du bien à la planète Hip Hop. Passion funk à la Daptone et goût de la belle rime chère à Solaar, Prévert ou Brel, sont les principaux ingrédients d'un travail qui respire la complicité grâce à une écriture quasi-simultanée et surtout concertée de la musique et des textes. Offrir du rêve aux jeunes gens et les inciter à faire des trucs avec leurs couilles ("Ayons les couilles de faire des trucs putain!" est l'expression exacte du sieur Cotchei). De cette expérience une amitié semble être née et la collaboration entre les zicos de Black Milk Music et les rappeurs des Gars du Coin devrait se poursuivre avec de nouvelles sorties prochainement. On ne peut leur souhaiter que de réussir à diffuser leur "univers plus envoûtant et moins égocentrique" (Louis) au plus grand nombre, nous, en tous cas, on sera là pour les soutenir et vous tenir au courant!


Ascenseur c'est encore (et comme toujours?) une belle réussite pour l'écurie Black Milk Music qui d'après nous ne bénéficie pas de l'éclairage que mériteraient la qualité et l'éclectisme de leurs efforts. Si MA Beat! commence à faire un peu plus parler de lui, on se demande ce qu'attendent les grands diffuseurs de nouvelles musicales pour exposer davantage ses autres poulains Le Serveur, NCY Milky Band, The Fat Badgers, Whateverest ou LTF. Et après on se plaint de l'affligeante nullité des Victoires de la Musique et la perpétuelle suprématie des Grammys: on n'en est peut être pas encore là pour les Nancéiens mais si personne ne donne sa chance aux meilleurs artisans du sons de notre belle province comment peut-on espérer un jour se réjouir d'entendre une musique ouverte et déformatée sur les ondes moyennes? Le seul moyen dont nous disposons, pauvres amateurs passeurs de musique c'est de partager leur travail, de le faire découvrir à nos amis, virtuels ou non, et enfin d'acheter leurs disques! Le CD de Cotchei & The NCY Milky Band, avec sa belle pochette signée Louis Somveille, est disponible au prix dérisoire de 5 euros alors que pour 20 euros vous pouvez en plus vous offrir un des magnifique t-shirts inspirés du travail de Marie Léon (la réalisatrice du clip, vous suivez ou pas?). 

Profitez du son et n'oubliez pas l'essentiel: Support The Artists!



Liens:
Cotchei: facebook / bandcamp / mixcloud / soundcloud
The NCY Milky Band: facebook / bandcamp / soundcloud
Black Milk Music: facebook / soundcloud / bandcamp / site / twitter / youtube
Marie Léon: site / tumblr